(…) La fenêtre dite «d’Overton», du nom du vice-président d’un laboratoire de réflexion américain qui l’avait formulée, explique que les politiques menées sont directement dépendantes des discours qui sont considérés comme admissibles. Orwell avait justement noté, dans 1984, que les régimes dictatoriaux avaient un constant souci de manipulation du langage. Changer les mots, c’est changer les idées et donc les opinions. Simplifier les concepts, c’est interdire leur compréhension, effacer les nuances et empêcher l’émancipation. Si un mot n’existe plus, la chose nommée disparaît.

Mais il serait très naïf de croire que seuls les régimes autoritaires ont compris le rapport entre langage et pouvoir. Noam Chomsky disait fort justement: «la communication est à la démocratie ce que la violence est à la dictature». Ne voyons-nous pas qu’une bonne partie des efforts de la puissance publique réside dans l’imposition des vocables jugés légitimes pour nommer les choses? (…)

Certes, la fenêtre d’Overton trop large peu légitimer les expressions extrêmes et banaliser l’inacceptable. Mais, trop étroite, elle est un piège au service de ceux qui sont parvenus à en circonscrire les bornes. Elle interdit l’expression de pensées alternatives aux discours écrits d’avance. Si l’étendue de la pensée légitime est fixée une fois pour toutes, si ce qui peut être dit est précisément déterminé, à quoi sert de le dire? La pensée du politiquement correct a cela de particulier qu’elle désamorce par avance les désaccords en en disqualifiant toute expression sortant du sentier étroit de la conformité. (…)

La richesse et la qualité des débats exigent que la fenêtre du dicible soit la plus large possible, et non comme semblent le suggérer certains censeurs, qu’elle se rétrécisse toujours plus. Interdire l’expression de certaines vérités à force de litotes imposées, ce n’est pas affaiblir ces vérités, mais en favoriser le retour plus violent. (…)

Élargissons la fenêtre d’Overton!