Extrait de notes de lectures de Laurent Braquet à propos de l'ouvrage Le monde est clos et le désir infini de Daniel Cohen.

(…) Tout l’enjeu des nations aujourd’hui est de mener une action collective par temps de paix afin d’éviter une crise majeure liée aux dérèglements climatiques et au risque planétaire.

Les nations doivent aujourd’hui retrouver confiance dans leur capacité à construire un avenir partagé. Mais pour cela, il s’agit de repenser le progrès : la croissance n’a pas fait disparaître la peur de manquer, bien au contraire. Les liens entre la croissance et le bonheur sont complexes car les besoins sont toujours relatifs, et les phénomènes de frustration font que les humains subissent la loi d’un désir insatiable. Leurs besoins sont toujours malléables et la hausse à venir du revenu fait toujours rêver, même si une fois réalisée, cette hausse n’est jamais suffisante. C’est la raison pour laquelle la croissance est si importante : elle apaise notre désir incessant de nous élever au dessus de notre condition sociale par une promesse toujours renouvelée.

La croissance est aussi liée à la confiance dans les autres : elle crée un climat optimiste sur les possibilités futures et l’amélioration de notre niveau de vie et celui de nos enfants, et elle rassure sur la capacité de l’économie et de la société à se réformer, alors que, a contrario, la défiance et l’angoisse s’installent lorsque la croissance s’évapore.

Contrairement à d’autres pays qui disposent d’un haut niveau de confiance dans les rapports sociaux, la France est particulièrement touchée par la défiance dans les relations sociales. Enfin plus généralement, la numérisation, la financiarisation et la mondialisation ont opéré une «grande transformation » du capitalisme, et ont fait voler en éclats les protections bâties à l’ère du fordisme : il en a résulté un sentiment de malaise des travailleurs dans l’entreprise, sommés d’atteindre des objectifs sans cesse plus élevés.

La stagnation de la croissance menace alors de déliter la cohésion sociale en séparant les classes sociales qui cherchent à s’éviter, alors que la compétition économique devient un jeu à somme nulle (ce qu’un groupe social gagne, l’autre le perd).

Au final, comme l’explique Daniel Cohen, il se pourrait bien que la croissance soit indispensable aux sociétés humaines pour éviter qu’elles ne chutent dans la violence et la colère, même si les contraintes écologiques conduisent à se montrer raisonnable aujourd’hui et accepter son essoufflement inéluctable.

Telle est la contradiction fondamentale de la société occidentale, l’équation qu’elle doit résoudre. L’une des voies possibles serait de passer, grâce à un changement dans les mentalités, de la quantité à la qualité, et de hâter l’avènement d’une société où « la pacification des relations sociales devrait prendre le pas sur la culture de la concurrence et de l’envie ».

https://www.melchior.fr/note-de-lecture/le-monde-est-clos-et-le-desir-infini

Quatrième de couverture:

La croissance économique est devenue intermittente, fugitive. À l'image du climat, elle alterne le chaud et le froid, les booms et les krachs. La crise du monde occidental doit beaucoup plus qu'on n'est généralement prêt à l'admettre à sa disparition. Que font les hommes politiques ? Comme les sorciers qui veulent faire tomber la pluie, ils lèvent les mains vers le ciel pour la faire venir, aiguisant le ressentiment des peuples quand elle n'est pas au rendez-vous. Mais que deviendrait la société moderne si la promesse d'une croissance perpétuelle s'avérait vaine ? Saurait-elle trouver d autres satisfactions, ou tomberait-elle dans le désespoir et la violence ? Préfèrera-t-elle vivre au-dessus de ses moyens, tant écologiques que psychiques, plutôt que d'y renoncer ?

Telles sont les questions brûlantes posées par cet essai, qui nous entraine dans un surprenant voyage au cœur des mécanismes qui ont fait advenir la société moderne, de l'invention de la richesse à la révolution numérique.