Amazon a présenté mercredi des lunettes équipées d’Alexa, son assistant vocal. Facebook, Apple et d’autres entreprises du secteur préparent elles aussi leur monture connectée. (...)

Malgré ces succès relatifs, l’industrie des nouvelles technologies persiste. Outre Echo Frames, d’autres entreprises travaillent actuellement à la production et la vente de lunettes connectées. Facebook veut les utiliser pour analyser les alentours et créer des cartes en réalité augmentée. Apple réfléchirait également à un dispositif capable d’afficher des notifications et autres informations importantes sur les verres.

Plusieurs raisons expliquent la récente relance de la mode des lunettes connectées. Tout d’abord, depuis la création des Google Glass, en 2013, les technologies se sont nettement améliorées. Exit le minuscule écran que l’on ne pouvait apercevoir que du coin de l’œil. Les nouveaux modèles de lunettes en réalité augmentée permettent d’afficher des images claires et réalistes. Idem pour la reconnaissance vocale, qui fonctionnait assez mal sur le premier modèle des Google Glass. Désormais, parler à un assistant intelligent est facile, et presque banal pour le grand public, grâce à la généralisation de ces logiciels dans nos smartphones et autres objets connectés.

Outre ces progrès, il existe une autre raison, plus inquiétante, pour laquelle l’industrie des nouvelles technologies se passionne pour les lunettes et autres casques connectés. Le modèle économique de ces entreprises, dans leur immense majorité, repose sur l’attention de leurs utilisateurs. Elles ont besoin que nous regardions leurs services, que nous utilisions le plus possible leurs appareils, et, au passage, que nous regardions les publicités qui y sont affichées. Pour cela, elles utilisent une panoplie d’astuces et de techniques de design, aussi appelées «dark patterns». Ce sont elles qui nous font regarder par inadvertance notre smartphone toutes les cinq minutes, rafraîchir notre fil d’actualité sans aucune raison, ou croire qu’on a entendu le vibreur de notre téléphone, alors qu’il n’a jamais sonné. Ce n’est pas seulement de la technologie ; il s’agit aussi de psychologie. Or, quel meilleur endroit que notre visage, nos yeux, pour capter notre attention, provoquer nos émotions? Après le smartphone, qui existe depuis une dizaine d’années, les lunettes connectées pourraient-elles être la prochaine révolution dans nos usages technologiques? Difficile à dire pour le moment. Mais si c’est le cas, la Silicon Valley ne veut pas avoir un train de retard.

Ainsi, en interview et dans ses prises de paroles publiques, Mark Zuckerberg imagine déjà un avenir où, grâce à la réalité virtuelle et augmentée, l’on pourrait «interagir avec nos proches», sans la barrière du smartphone. «Nous sommes faits pour interagir avec notre entourage», déclare le PDG de Facebook dans un entretien accordé au magazine Le Point. «Mais la technologie aujourd’hui ne fonctionne pas comme cela. Elle s’appuie sur notre smartphone et est principalement organisée autour des applications (...) C’est ce que je veux améliorer.» Le but, sur le long-terme, est de faire oublier la présence de la technologie, pour la rendre plus humaine ou, diront certains, pernicieuse. Ainsi, même le cerveau fait déjà l’objet de plusieurs projets menés par Facebook ou Elon Musk, le cofondateur de Tesla. En attendant, les lunettes sont un bon compromis pour les géants des technologies qui veulent être au plus près de nos pensées. Dès aujourd’hui.

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/pourquoi-les-geants-des-technologies-veulent-absolument-nous-vendre-des-lunettes-connectees-20190927