Alors que l’entreprise fête ses 15 ans, Thomas Schauder, professeur de philosophie, s’interroge sur l’immense pouvoir de Facebook sur nos vies : amitiés, loisirs, consommation, opinions… La créature, écrit-il, a dépassé son créateur. (...)

Les réseaux sociaux en général alimentent un malentendu : la connexion n’est pas le dialogue. « Loin de nous sortir de l’isolement, l’infobésité nous y maintient (…). Nous sommes connectés ensemble, mais isolément », écrit Roland Gori. Sur Facebook, nous ne sommes pas dans la réelle solitude, cette coupure du monde nécessaire pour pouvoir penser, c’est-à-dire entrer en dialogue avec soi-même. Nous sommes, au contraire, et paradoxalement, noyés dans la masse et nos informations, même les plus intimes, entrent dans un flux constant et non hiérarchisé. Une publicité pour des chaussures y côtoie l’annonce d’un décès, une vidéo de chat précède un article sur le réchauffement climatique. Dans cette « soupe primitive », les frontières entre moi et le monde, moi et autrui, le privé et le public, l’identité et l’impersonnel, sont nécessairement brouillées. (...)

Thomas Schauder, dans « Il n’est pas déraisonnable d’avoir peur de Facebook » (Le Monde)
https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/02/06/il-n-est-pas-deraisonnable-d-avoir-peur-de-facebook_5420212_4401467.html