(…) Nous voyons passer les colloques sur la “publicité responsable”, “frugale” ou “éco-compatible”, les programmes et les chartes, nous lisons aussi les tribunes sur “la publicité d’après”, la volonté d’augmenter les “engagements” en déployant un arsenal de valeures fortes…

Si nous ne doutons pas de la sincérité de certains individus qui œuvrent pour le système publicitaire tout en s’inquiétant de la marche du monde et de l’avenir que nous laissons aux générations futures, nous estimons cependant leur position intenable.

Le système publicitaire actuel favorise la visibilité, donc la puissance des grands groupes. Ces grands groupes, avec leur logique prédatrice, ont déjà participé largement aux dégradations écologiques et ne comptent pas s’arrêter là. Les pressions pour retourner au plus vite à l’anormal en attestent.

Le rôle de la publicité, tant qu’il restera, pour le secteur, “de créer du désir pour vendre” sans se poser la question de quoi vendre, pour quels besoins, avec quel impact écologique, ne pourra être autre chose qu’une partie du problème, participant à augmenter tant les émissions de GES que les diverses pollutions et la perte du vivant qui en résulte.

Au contraire, nous pensons que le rôle de la publicité est d’informer afin de garantir la liberté d’expression. Or quand nous pensons liberté d’expression, nous pensons d’abord à celle des idées et des opinions, tel que prévue par la Constitution. La liberté d’expression commerciale peut avoir sa place, mais certainement pas celle que le système publicitaire actuel lui accorde, avec l’indulgence des pouvoirs publics. Nous pensons aussi que cette liberté d’expression doit être assortie d’une liberté de réception, que l’on puisse consentir à recevoir ou pas un message publicitaire, qu’il soit commercial ou non.

D’un côté, le “monde publicitaire” a bien raison de nous voir comme des adversaires. Nous pensons en effet que l’écologie politique est profondément conflictuelle, que la “transition” vers un monde soutenable ne se fera pas sans heurter certains intérêts. Nous ne pourrons jamais trouver de consensus avec des entreprises dont l’objet est de vendre notre intimité, notre attention, nos données personnelles sans notre consentement. Nous ne pourrons jamais trouver de consensus avec des entreprises qui œuvrent à promouvoir les pires comportements, tant écologiques que sociaux. D’un autre côté, les acteurs et les actrices de ce même monde publicitaire devraient pouvoir accepter que notre lutte ne les visent pas, elles et eux, personnellement. Notre but n’est pas de laisser sur le carreau des dizaines de milliers de salarié·es. Et notre lutte n’a d’ailleurs pas pour objectif, comme on peut le lire dans ce rapport, d’aboutir à un monde sans publicité, qui serait un monde où l’information ne pourrait pas circuler.

Nous constatons simplement que, malgré les tribunes, les colloques, les programmes et les recommandations “développement durable”, le système publicitaire continue massivement à promouvoir la grande distribution au détriment du commerce local participant ainsi à la désertification des centres-villes, continue à promouvoir massivement des modes de transports polluants, à inciter au renouvellement de nos gardes-robes, de nos gadgets électroniques alors même que ces derniers sont encore fonctionnels, à créer un imaginaire qui laisse croire que toute cette surconsommation est normale et que rien ne l’ébranlera, participant ainsi à une sorte de déni collectif.

De notre côté, nous luttons pour favoriser une liberté d’expression plurielle, associative, culturelle, politique, y compris commerciale, sans que l’une soit prédominante sur l’autre et sans que le plus offrant ait la plus grande visibilité. Nous cherchons à penser la publicité comme un bien commun auquel chacun et chacune doit pouvoir avoir accès sans que cette publicité soit imposée.

Le “monde publicitaire” est-il prêt à avoir ce débat, cette réflexion ? Nous sommes prêt·es à y participer avec les personnes de bonne volonté.

https://antipub.org/rapport-publicite-et-transition-notre-analyse/